Didier ZAKINE vu par Céline BOISSERIE
Après une première vie en tant que publicitaire à imaginer une mythologie populaire, à la peupler d’histoires et d’émotions, Zakine renaît en tant qu’artiste. C’est de choses personnelles dont il s’agit à présent. Homme de l’image, du signe et du symbole, il reste au plus près de ce monde qui a été le sien pour en sonder l’apex, là où fusionnent la magie et le rêve, l’univers du Festival de Cannes. De celui-ci, il retient un acteur discret à forte charge iconique, la condition même de la légende : le fameux tapis rouge.
Sa démarche fait écho à l’École de Nice, notamment les Nouveaux Réalistes et Supports / Surfaces, en ce qu’elle porte sur cette icône contemporaine dans sa matérialité même. Zakine est de la trempe des recycleurs, et si son travail explore les possibilités plastiques d’un tapis somme toute banal, c’est pour en révéler les ressorts paradoxaux : à la fois immuable, symboliquement dense, et pour autant, voué chaque année à l’oubli.
C’est sur ce point que la démarche de Zakine se détache des questionnements de ses aînés pour les subvertir. Plutôt qu’examiner la dimension iconique de nos objets ordinaires, l’artiste s’intéresse à des objets déjà iconiques. Plutôt qu’approfondir des questionnements critiques, il creuse au contraire la part de rêve et de promesse de dépassement qu’ils recèlent. En définitive, c’est un travail au cœur de la fabrique des icônes qu’il propose, pour en interroger le statut et la pérennité, au creux de la résonance émotionnelle qu’ils instaurent en chacun de nous.
De la scène artistique argentine, son deuxième pays, il garde avec lui le mystère et la magie instillés dans chaque parcelle du réel. Magie d’une icône à la fois inaccessible mais qui au fond parle à chacun, éternellement éphémère ou éphémèrement éternelle. Le tapis devient pour Zakine un palimpseste, un support où se croisent histoire personnelle et histoire collective. Sa démarche, de nature conceptuelle, amalgame un travail sur ses possibilités expressives avec des réminiscences de sa propre histoire personnelle. L’œuvre se fait énigme et le tapis, matière à rêver.
Le travail de Zakine s’incarne à travers une série d’œuvres recentrées autour du concept « d’éphernel », que l’artiste a introduit pour rendre compte de sa démarche. Elles rendent manifeste son souhait de rendre éternelle cette icône éphémère du monde du cinéma qu’est le tapis rouge de Cannes.
Chaque œuvre de la série explore une dimension différente de cette icône. Elles sont autant de supports qui permettent de tisser des récits qui entremêlent histoire collective et histoire personnelle.